Jeudi 15 mars 2012 4 15 /03 /Mars /2012 09:09

2682920535_fdaa0f8118.jpgChers lecteurs et futurs lecteurs , bonjour.

 

Le premier Avril 2012, la TVA française applicable sur les livres papier va augmenter, passant de 5,5% à 7% .

La culture et l' économie ne font décidément pas bon ménage en France.

Pourtant, convaincu que la culture par la lecture, est le moteur du progrés, indignons nous de cette monumentale erreur de nos dirigeants.

Le monde du livre et de la littérature est en chute libre. Ce patrimoine culturel est en voie de disparition. Combien de nous s' attristent de ce " rejet" chez nos enfants.

La France et le Monde perdent cette mémoire si précieuse , inscrite dans nos livres, et voilà qu' on lui donne son coup de grâce.

La mauvaise gestion et tous les prétextes du monde ont mis à mal l' humanité. Indignez vous que l' on s' attaque maintenant à la distribution, pour tous, des livres, et de toute forme de culture !

 

TheBookEdition à décidé d' offrir aux auteurs et de prendre à sa charge cette hausse de TVA, pour l' ensemble des ventes des ouvrages effectuées entre le premier Avril et le premier Mai inclus.

 

Avant cette hausse prochaine des prix des livres, je voulais vous livrer en amis du livre, cette petite info dont j' espère que vous pourrez profiter.

 

A tous , " ne nous laissez pas tomber ! "

 

YVES.

Par naillades.over-blog.com Jaunasse
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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 09:21

Bonjour à tous !

 

je vous présente mon nouveau roman :

 

" Sylvie, sa bicyclette, et tous les autres..."

 

paru , chez TheBookEdition.com

 

pour ce roman social, un choix de titres épars et divers, pouvait convenir:

 

" Sylvie, ouvrière à Tourcoing" - "le rêve en Nord de Sylvie" - " une vie sous le ciel de Tourcoing"... Et la liste était longue.

Vous découvrirez dans ce roman de 240 pages, la vie de Sylvie telle qu je l' ai connu. Sur les lieux mêmes de son existence, avec juste ce qu' il faut de romance, pour égayer ce récit.

L' histoire d' une fille du Nord, chevauchant sa bicyclette aux travers des boulevards de Tourcoing. Dans la fin des années 70, à nos années 2000;

L' histoire d' une vie. Ni meilleure, ni pire, que celles de beaucoup de filles de notre région à cette époque.

Une femme du Nord,  qui pourrait-être la votre.

 

" Sylvie, sa bicyclette, et tous les autres..."

TheBookEdition.com

catalogue : littérature- romans régionaux-collection : plumes au bout des doigts - format poche- 14 euros- à commander sur le site de TheBookEdition .

 

Je répondrai à tous vos commentaires

Cordialement

YVES.

Par naillades.over-blog.com Jaunasse
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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 13:31

" au bout de ma fuite, mon soleil d' Alger" nouvelle ;

-troisième partie-

algérienne au jardin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

bateau pêche

 

" klevet ' doa eur halvadenne

euz an tu all d' ar mor

klevet ' doa eur youhadenn "

                                             Naig Rozmor.

"Elle avait entendu un appel

par delà l' océan

elle avait entendu un cri "

 

10

 

Mars 1830. L' hiver s' était éteint pour de bon.

Les beaux jours du printemps éffaçaient presque de ma mémoire, toutes ces journées difficiles derrière moi.

J' avais suivi sans l' ombre d' une hésitation, cette famille de pêcheurs qui m' avaient tendu les bras.

A nouveau, sous la bienveillance de Monsieur Kéruzec et de son épouse, les douceurs de l' enfance me reposaient délicieusement...

 

Dans le chaleur de la maisonnée, j' avais retrouvé une famille. Du moins, il me plaisait de le croire.

Même si Monsieur Kéruzec aimait infiniment ses deux filles, je compris très vite combien un fils lui avait manqué jusqu' ici . Le métier de pêcheur ici, était destiné à tous les mâles de la côte.

Monsieur Kéruzec se desespérait chaque matin , en embarquant ses deux filles pour la dure journée de pêche en mer. pêcheurs 19 siècle

Aucun père ne souhaitait tant de fatigue à ses filles. C' était là, l' ouvrage d' un homme. Mais, le hasard de sa descendance ne lui avait pas laissé le choix.

Ce qui expliquait peut-être, la grande dureté de caractère de son aînée Gaêlle, pétrie si jeune , dans les souffrances de la mer.

 

Lors des premières journées parmi mes hôtes, j' appréciais cette liberté qu' ils m' accordèrent.

Le ventre plein et l' esprit apaisé, je vivais des heures heureuses en attendant leurs retours de pêche. Je passais moi , des heures à flâner dans " Montroulez" , parfaitement invisible , comme tout enfant normal de la rue.

Les" fantômes de ma tête" semblaient désormais, m' accorder un peu de répit .

Mes craintes s' estompaient. Le monde ne m' apparaissait plus en ennemi. Je marchais sans hâte et curieux de tout, sur ce port plein d' activités.

Je découvrais alors, ce fabuleux monde de la mer .

 

Sur ces quais , pendant de longues heures, je suivais à mon aise l' agitation près des chasses-marée .

On embarquait à leurs bords des étoffes de lin, des draps de Devon ou des fruits et légumes.

On descendait d' autres navires , du vin de Bordeaux , de l' huile d' Espagne ou du plombs du Portugal.

bateau pêche

 

Mais, en plus grand nombre, s' alignaient les barques des pêcheurs, versées sur leurs flancs, attendant que la mer grossisse les eaux du " Dossen".

Et quant, à l' heure reconnue, la mer remontait vers Morlaix, les frêles embarcations s' entrechoquaient joyeusement dans ces eaux.

Les marins arrivaient sur les quais. S' interpellaient dans un drôle de langage. Voguaient hors du port et disparaissaient dans l' immensité de la mer.

Alors, quand la voie sinueuse de la rivière, avait emmené jusqu'aux derniers des pêcheurs, j' allais par les venelles étroites de la ville, découvrir cette Bretagne.

Les corderies et les tanneurs de cuir, les négociants en tous genres qui officiaient dans de hautes maisons à colombages.

Un monde si différent de celui de mes plus jeunes années, que toute une vie ne suffirait pas pour découvrir ce pays.

 

Je rentrais le soir tombant en longeant la rivière.

Parfois, la famille de pêcheurs était de retour avant moi.

retour des pêcheurs au 19 La cheminée roulait de toutes ses flammes, pour tenter de réchauffer les corps transis de froid. Sur les cordages étendus, les vêtements détrempés, ruisselaient devant le feu.

Malgré ces journées pénibles pour mes hôtes, jamais un seul ne me reprocha mon oisiveté innocente.

 

Moi , la mer , je ne connaissais pas...

 

 

 

 

Pourtant un soir, alors que j' entretenais le feu, animé par la joie et plein de reconnaissance pour ma nouvelle famille, je ressentis cette gêne pénétrante.

La famille Kéruzec passait enfin la porte de leur maison.

La mer avait était mauvaise...

Tous grelottaient en silence, maudissant ces flots pleins de haine .

Epuisés , pour avoir combattu la mer tout le jour.

Jetant , dans un dernier effort, leurs haillons sur le fil tendu ...

 

Je croisai soudain, le regard injecté de sang de Gaêlle, qui vint se planter dans le mien, comme des griffes acérées.

Fiévreuse et glacée, je vis alors ses lèvres se déssérer, et comme des poignards, me lancer :

-" on me dira quand celui là sera décidé à gagner son pain ?"

 

"spi ar bara

dre zaouarn ar vugale"

                                    " l' espoir du pain

par la main des enfants "

 

Tous les yeux de la famille Kéruzec se consultèrent, dans un silence qui retomba lourd comme l' enclume .

Je cherchais alors, dans le regard de Monsieur Kéruzec, un soupçon de compassion.

Il me regarda; m' accorda encore sa protection en me frappant sur l' épaule.

Cette journée de souffrances en mer, avait armé chez Gaêlle , cette flèche que je recevais en plein coeur.

Le père qu' il était, comprenait la rage de sa fille.

Mais ne pouvait se résoudre, à me faire le moindre repproche.

Alors , il se tût, comme le reste de la famille maintenant.

La cheminée chantait fort et remit un peu de joie sur sa face rubiconde.

Et, il fit comme il savait le faire dans ces moments d' épuisement général. Par jeu, il poursuivait dans la pièce, avec une bouche grande ouverte, ses filles qui riaient aux éclats. Il devenait, par ses grimaces grotesques , " Gloutonne la baleine".

Marie et Gaêlle se cachaient sous la table, et lui, poussait de grands hurlements.

Leurs jeux avaient éteint la brûlure.

Pourtant, les injures de Gaêlle me ramenèrent cette nuit là, les " fantômes de ma tête".

 

Les longues courses derrière mon père, m' avaient façonné pour la vie.

Dans ce début de Mars 1830, je savais maintenant qu'il fallait se battre pour un peu de bonheur.

L' heure probable, de pourvoir à ces jours heureux, arrivait comme un rappel.

Tout ce paye en ce bas monde.

 

Dans la nuit qui suivit cette soirée, je décidai qu'il était temps.

Montrer ma reconnaissance à cette famille, en affrontant chaque jour, cette mer de Bretagne.

J' allais devenir comme eux, marins pêcheurs bretons.

 

Dans cette nuit mouvementée sur ma couche, je me vis cent fois engloutis dans les eaux de l' océan. Je ne savais pas nager, et cette mer que l' on me racontait, me terrifiait.

Dans le plus fort de mes rêves, je me vis happé dans les entrailles d' une baleine monstrueuse.

Le matin, quand je fis part de ma décision à Monsieur Kéruzec, la clarté de l' aube arriva comme un soulagement.

Le regard plein de joie de Monsieur Kéruzec, m' encouragea encore.

La petite Marie allait désormais, abandonner le chemin de la mer, me laissant sa place de " mousse" .

 

11

 

Ce 8 Mars 1830 , dans ses heures matinales, avait été semblable à tous ces matins déjà passés chez les Kéruzec.

La faible lueur de la bougie, venait éveiller les jeunes filles encore endormis. C' était Madame Kéruzec qui sortait du lit, sa progéniture enfouie sous les couvertures de laine.

Moi, je finissais de me rhabiller.

Montrant à tous, ma détermination.

J' observai du coin de l' oeil le père Kéruzec, encore assis sur le bord de sa couche.

D' une brindille, il ralluma son brûle-gueule. De son visage encore frippé de la nuit, s' enfuyait aux travers des flammes de la cheminée, un regard absent, rêveur, et presque souriant.

Je pris alors son apparente gaité à mon profit.

Pensa que ces minutes de vague joie de Kéruzec, émanaient de ma dernière décision.

Et quand il tourna la tête vers moi, dans un regard complice qu'il m' envoya , je compris avec fierté que je ne me trompais pas.

 

Sortis et rassemblés dans la petite cour, je cachais à tous , les frissons qui courraient sous ma chemise.

L' aube était fraiche, mais je savais que c' était la peur qui me faisait frissonner ainsi.

Gaêlle, avec ses quelques années de plus , semblait lire en moi depuis le matin.

Mais, dans sa sagesse de fille courageuse, elle n' émit pas la moindre remarque à mon sujet.

 

J' attrapais filets et paniers, cordages et flotteurs, a tel point que je ne pu plus bouger.

Mon enthousiasme fit beaucoup rire Kéruzec;

-" holà mon gars! tu n' es pas un mulet ?"

Gaêlle me débarassa de quelques charges, Marie vint m' embrasser sur la joue. S' en retourna dans les jupes de sa mère , rougissant et heureuse.

Cette matinée prenait des tournures d' adieux.

La nuit, des heures durant , me l' avait fait comprendre.

J' allais périr au fond de la mer, les " fantômes de ma tête" en riaient encore.

 

VILLAGE 2 1830

 

La marche vers les rives me fit beaucoup de bien. Je marchais derrière Kéruzec, Gaêlle derrière moi , évitant ainsi , son regard accroché à mes épaules.

Je marchais droit et d' un bon pas, pour qu' elle fût rassurée par ma détermination.

 

- " pourvu que la mer soit moins formée qu' hier !" lança-t-elle

- "des creux de six mètres ! " insistait-elle .

 

Je compris de suite, que ces descriptions de mer assassine , m' était tout droit adressées.

oh Gaêlle la courageuse, tu n' allais pas me faire renoncer !

 

Nous arrivâmes au mouillage de la barque des Kéruzec.

Les eaux étaient encore basses.

Le fond de l' embarcation posait mollement dans les sables vaseux.

Monsieur Kéruzec entreprit de charger le matériel à bord.

Moi, découvrant le cul rond de la barque, ses perspectives fragiles, je me demandais soudain , comment cette faible chose résistait aux assauts de la mer.

 

-" mon grand-père naviguait déjà sur cette chaloupe !" me lança fièrement Kéruzec.

 

Je fis mine d' apprécier. Mais savait-il combien je désirais ne plus rien savoir dans l' instant !

Pourtant, Monsieur Kéruzec continua de m' expliquer la différence , entre ce que j' appelais moi, " une barque" et lui, " une chaloupe sardinière" :

-longue de six mètres cinquante- large de deux mètres cinquante-avec deux mâts et soixante mètres carré de voilure- une voile de misaine et une taillevent-un tiran d' eau d' un mètre quarante et équipé d' un filet droit pour la pêche-

 

-" une véritable sirène des mers !" disait Kéruzec .

 

bateau pêche

 

C' était donc à bord d' une chaloupe sardinière, que pour la première fois de ma vie, j' allais livrer mes pauvres os aux caprices de cette mer redoutable.

Bientôt, les eaux se mirent à monter. Je pouvais suivre du regard leurs courses venant de la mer lointaine.

Doucement, mais sans discontinuité, le courant de la marée, submergeait le lit de la rivière. Les algues s' élevaient avec le retour de l' eau. Un parfum puissant, volait par-dessus tout. Ce même que j' avais respiré aux pieds des falaises , quand j' avais pour la première fois , découvert la mer.

Les mouettes, encore là aujourd'hui, riaient de ma frayeur.

Je retins mon souffle, quand je posai le pied sur cette chose fuyante , qui se dérobait sous moi. La main de gaêlle fût la bienvenue. Je tanguais plus encore que la coque de l' embarcation.

Je m' immobilisai, accroché au mât.

Mon Dieu ! j' étais à bord !

 

pêcheur en 1830

 

Planté sur cette coque de chêne; dos au mât, mon regard s' accrochait encore au quai devant moi. Il était quatre heure du matin. Dans l' ombre et la brume se dessinaient à peine , les silhouettes des autres marins qui manoeuvraient.

De ces formes imprécises, avec échos, s'élevaient tous les bruits de cette vie maritime.

Le long des môles et sur les escaliers de granit, les sabots des marins crevaient le silence du port. Les poulies grinçaient, les ancres remontaient sur les bordages.

Pour toujours , les images de ce petit matin de pêche, me resta en mémoire.

 

Et puis, revenu près de moi, Monsieur Kéruzec éleva lentement la voile de misaine qui pointait au-dessus de la digue. La toile encore pendante, il saisit les grandes rames, manoeuvra en cadence. Les abrits de la terre s' éloignaient. Autour de nous, attirés vers la mer, des sardiniers et des thoniers glissaient sur les eaux; comme un ballet, les marins conduisaient leurs bateaux vers les premiers vents du matin.

Comme une traîne de mariée, la longue suite de voiliers descendaient vers la mer.

Souvent, avec un regard malicieux, Monsieur Kéruzec venait croiser le mien. Il cherchait dans mes yeux l' étonnement, l' admiration peut-être, qu' il avait eut lors de son enfance, quand pour la première fois , il avait pris la mer avec son père...

Oh oui , Monsieur Kéruzec, naviguer avec vous , sur ces côtes en dentelles, et malgré quelques inquiétudes, m' avait véritablement émerveillé !

 

Au terme de cette première journée de navigation, sur une mer accueillante, je revins enthousiaste. Même Gaêlle ne semblait pas y croire.

Elle tenta bien ce jour là, au milieu de l' ouvrage, de calmer mes ardeurs en me désignant l' appât des casiers à préparer. Mais les déchets de poissons, chinchards et toutes ces choses qui vous chagrinaient le nez, ne gâcha pas mon enthousiasme.

Sur cette chaloupe venaient se tordre baudroies, dorades grises, lieu jaune. Bondissant entre nos pieds , sur leurs écailles insaisissables.

Le miracle de cette pêche, me renvoya amer, à toute cette lente et épuisante agriculture, qui m' avait nourit toute ma jeunesse. Le poisson affluait dans les filets. Tout semblait facile .

Ici, filant de vague en vague, la sardinière s' emplissait de nouriture et de promesses. Cette mer qui m' avait apparu comme cruelle, distribuait ses fruits largement. Et cette impression d' évasion , écrasé sous un ciel qui au loin , plongeait dans la mer. Cette immensité à faire défaillir. Les vents qui claquaient dans les voiles et vous gifflaient jusqu'au sang.

Et quand , revenu près des côtes, en eau claire ,Monsieur Kéruzec attrapait les premières arraignées de mer déambulant sur les rochers, la joie était sans pareille .

 

J' en appris chaque jour un peu plus sur ce monde maritime.

Monsieur Kéruzec fût très vite satisfait de son mousse.

La mer , pour que mon apprentissage fût complet, me montra aussi ses délires et sa cruauté. Je vis le peu de cas, qu' elle réservait à de vaillants marins.

On mourait souvent en mer. Mais j' embarquais maintenant chaque matin , le coeur léger et heureux.

VILLAGE 1830

 

Chaque soir, nous remontions sur les quais de " Montroulez", les paniers plein de bars. Mais Kéruzec m' expliqua que la saison de ce poisson abondant , se terminait à la fin de ce mois. Alors , dans son enthousiasme à m' apprendre, il m' emmena un jour , dans les parages de Bréhat.

Je découvris toute la beauté de cette île battue par les vents. Ces chapelets de roches brunes, qui s' érigeaient dans l' écume. Petite pointe de Bretagne, bravant l' orgueil de la mer.

Là , Monsieur Kéruzec me parla , comme il l' aurait fait d' un trésor. Bientôt , il me montrerait où jeter les casiers. Autour de l' île de Bréhat , l' or des marins attendait , avril, mai , juin bênis .Le trésor des pêcheurs dormait tout le jour, cachait dans des terriers de sables ou enfouit dans les algues. Mais , dans la nuit, si tu savais préparer les casiers , la langoustine, le homard bleu et les tourteaux , venaient s' enfermer et t' attendre.

 

Je souriais de voir Monsieur Kéruzec s' enflammer pour mon apprentissage.

Que la Bretagne m' était douce !

Encore sur la mer , sous les voiles tendues pour le retour au port, mon regard se perdait sur cet horizon d' argent. Sans hâte , parce que la mer parfois si calme, ce jeune marin que j' étais devenu, apprenait la patience. Louvoyant de bord en bord, et devant nous , les beautés de la côte s' étalaient.

ô Bretagne, les ondulations des blés de mes jeunes années s' en allaient.

Cette mer, que j' aimais maintenant, lavait de ses vagues l' image de mon père.

Pourquoi refuser ce bonheur, que mon destin m' avait offert ?

Ma vie était sans doute à faire ici. Tout m' y conviait. Morlaix me le murmurait...

 

J' en était sûr à présent . Bretagne , tu m' accueillait pour l' éternité.

Les yeux de Gaêlle se teintaient maintenant de douceur pour les miens. La mer , comme pour ses galets , formait de rondeurs nos sentiments partagés.

Petite Marie, toi aussi tu m' embrassait comme un frère.

 

Mer traitresse ! pourquoi as-tu voulu tout me reprendre ?

 

Un jour ,un matin , une tempête !

Je luttais au côté de Kéruzec , toutes voiles tombées. Une mer soudain déchaînée , rageuse et monstrueuse .

Des vagues immenses !

La chaloupe s' emplissait de toutes parts !

 

kéruzec me criait dessus !

 

-" amarre-toi au mât !"

 

trop tard ....

J' ouvrais les yeux dans ces eaux glacées.

Le goût de cette mer !

oh mon Dieu ! que devais-je faire ?

Je battais cette masse de tous mes membres...

Je ne voyais plus le ciel .

Soudain , sans comprendre , j' étais de nouveau à la surface...

J' attrapais un flotteur.

 

Je criais , tant que je pouvais :

- " a moi ! "

la mer en tempête me laissa seul ...

 

Bien des années plus tard , tu me l' as dis petite Marie ,

comme un chant prémonitoire , venu de la mer...

 

" klevet' doa eur halvadenne

euz an tu all d' ar mor

klevet' doa eur youhadenn."

 

retour des pêcheurs au 19

fin de la troisième partie.


Par naillades.over-blog.com Jaunasse
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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 13:37

FILLE D' Alger   bonjour à tous ,

nombreux d' entre vous m' ont fait l' amitié de lire et de commenter la première partie de ma nouvelle : "au bout de ma fuite, mon soleil d' Alger " . Je vous en remercie ;

Depuis quelques jours , j' ai publié sur mon blog , la deuxième artie de cette nouvelle...l' aventure de Louis Favelle se poursuit donc !

Je vous souhaite bonne lecture .

AMICALEMENT .

Par naillades.over-blog.com Jaunasse
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Mardi 25 octobre 2011 2 25 /10 /Oct /2011 13:43

 

FILLE D' Alger   porte d' alger 1830

 

Au bout de ma fuite, mon soleil d' Alger .

Deuxième partie.

 

6

 

Depuis la veille, j' avais appris en tendant l' oreille dans les villages, que nous traversions les monts d' Arrée de cette Bretagne.

Le paysage, marqué par de petits reliefs rocailleux, tranchait avec les jolies côtes que nous avions parcouru jusqu'ici.

Je remarquai que la marche de mon père, devenait plus pénible dans ces campagnes montagneuses. Mais, si je m' inquiétais pour lui , qui semblait souffrir de sa condition, sa lenteur me permettait de suivre le convoi plus aisément.

En effet, ce pays accidenté n' offrait guère d' horizon.

Tandis que je gravissais l' un et l' autre de ces monts, je perdais l' assurance de retrouver mon père, parvenu moi-même en haut d' une crête, quand il était lui , dans le creux d' un vallon. Dès qu' ils descendaient un versant, je courrai en toute hâte, pour en escalader l' opposé.

Alors, dans ces courses périlleuses, un faux pas sur une roche, me fit chuter et dévaler en arrière. Une seconde malheureuse avait suffi .

Je restais là, étalé dans ces cailloux rendus glissant par une pluie matinale, avec une douleur aigue à hauteur de ma cheville gauche.

 

J' oubliai tout dans l' instant, pour ne ressentir que cette douleur qui me paralysait  au bas de ce mont perfide .

Et là, renonçant à me relever, je compris dans une soudaine détresse, que 

j' avais perdu toute chance de suivre mon père.

La rage me pris alors.

Je lançai furieusement contre cette montagne, les cailloux qu'y s' en étaient détachés. Je mesurai aussi, le tragique de ma situation.

J' étais perdu...

Et mon père s' éloignait à jamais.

 

Je visai encore de ces pierres, les mouettes qui riaient à mes dépends, audessus de moi.

 

Maudite Bretagne !

 

Assis sur un cailloutis de roches, mes vêtements mouillés par les pluies du matin , je frissonnais.

Et la pluie reprenait, me glaçant jusqu' aux os.

Tour à tour, chaque nuage semblait se fracasser sur ces sommets de gré rose. Dans le chemin de cette eau qui descendait en cascade, mon corps se refroidissait pitoyablement.

Cette pluie n' allait-elle donc pas cesser ?

N' y avait-il donc pas autre chose que ces précipitations incessantes dans ce pays ?

Abandonné à mon sort, je restais immobile, sans même chercher à essuyer cette eau salée qui m' aveuglait.

 

Je repensais à mon père.

Si au moins il me savait derrière lui !

Mais, lui aussi, semblait depuis des jours, avancer dans une sourde résignation.

Pensait-il encore à moi ?

Pensait-il seulement ?

Le destin nous réunissait à présent dans la souffrance, mais celle-là, allait aujourd'hui nous séparer.

 

7

 

J' avais fini par dormir.

Et puis me réveiller dans la nuit. Sursautant aux passages de bêtes nocturnes que je ne discernais pas.

Me rendormis à nouveau.

 

Le temps ne comptait plus. Mon père était probablement déjà loin. Le sommeil m' assoma .

Le visage de ma mère vint se pencher sur mon sommeil. bretonne et enfant au 19

Je revis la maison. Un rai de lumière entrait par la porte ouverte et ma mère me serrait dans ses bras...Mon père s' écriait soudain à la porte...Mon frère était de retour !

Nous étions ensemble autour de la table, discutant plein de joie. Et le vin bouché coulait dans les verres...

 

De mon sommeil profond, j' entendis alors le hénissement du cheval de mon père. Il piaffait à l' arrêt, claquait des sabots sur le sol...

Et pourtant , je ne reconnu pas le son de la corne sur la paille.

Ces sabots là, étaient plus sonores...comme sur le pavé..où ?

 

Je me réveillai d' un coups , à me faire exploser le coeur de saisissement.

Un cheval fouillait mes vêtements fumants, de ces naseaux inquisiteurs.

Je tâchais de reculer, appuyé sur ma jambe droite tendue.

U n franc soleil aveuglait mon réveil. E t quand le cheval releva la tête, cachant ainsi le soleil derrière lui, je découvris l' homme sur sa monture. Droit devant moi, s' amusant de ma surprise.

 

-" tout doux petit ! je ne te veux pas de mal ! "

Mais ses paroles ne me rassuraient pas.

J' étais là, traqué , sans défense , piégé dans mon sommeil.

Et quand je laissai échapper un rictus, une grimace au réveil de ma douleur, l' homme sauta de cheval. Ma douleur ne lui avait pas échappé.

 

-" montre-moi " ordonna-t-il.

Il jugea de ma cheville gonfflée. Enroula serrée, une bande d' étoffe rapeuse autour d' elle. M' assura que ce n' était rien.

Rien qu' une cheville tordue.

-" ne marches pas dessus aujourd'hui, demain ça ira mieux "

-" mais d' où viens-tu ? " reprenait-il en me fixant dans les yeux.

Je ne répondai pas, mais je lui souriai.

- " bon, écoutes, je suis pilhaouer et je n' ai pas toute la journée devant moi.

Je t' emmène jusqu' au bourg et je t' y laisse"

 

Sitôt dit , qu' il m'attrapa et me plaça derrière lui. Le cheval galopa à travers les monts d' Arrée.

220px-Fe pillouer WEBdes mont d' arrée

Rebondissant , au petit galop, la course de l' animal me ramena à la réalité.

J' étais de nouveau en chemin.

 

Le cheval avançait sans hésiter dans ces sentes abruptes et escarpés; mais bientôt, la campagne s' aplanissait en vertes prairies. Le quadrupède bondissait, rapide comme l' éclair, malgré sa nouvelle charge.

Deux heures de course et le colporteur me déposa, négligent mon avis, à un arrêt de diligence.

D' un petit signe sur son chapeau, me salua, claqua des talons et s' avança vers la diligence que l' on apprêté .

Là, le pilhaouer s' adressa au cocher, sans que je ne parvienne à entendre leur conversation. Ils se retournèrent tous deux vers moi, en me considérant à distance.

 

Pendant notre précédente traversée à cheval, je m' étais laissé aller à la confidence. J' avais raconté l' essentiel de mon histoire, à ce cavalier providentiel.

Allais-je maintenant le regretter ?

Leurs figures de comploteurs ne me rassuraient point.

Plus encore, quand je vis mon sauveur, tendre quelques pièces de monnaie à l' homme devant lui.

Etaient-ils décidés à me dénoncer ?

 

8

 

PETIT Metier 1830 PETIT Metier 1830-copie-1 PETIT Metier 1830-copie-1

Le chiffonnier se retourna une dernière fois vers moi. M' adressa un dernier salut de la main, puis son cheval l' emmena hors de ces bâtisses pour reprendre sa route.

Je regardai alors autour de moi . Juste quelques maisons qui semblaient désertes. Une petite place animée par des charrettes que l' on chargé, des diligences attendant leurs prochains départs.

Un petit bouquet de maisons, subsistant là , pour le seul passage de ces convois.

Les rafales du vent de l' hiver, s' engouffraient joyeusement dans ce lieux livide. Rappelant à chacun, que l' immensité glacée des plaines désertes, n' était qu' à quelques pas.

 

Debout, au milieu de cet endroit sans chaleur, j' attendais, je ne sais quoi ?

- que l' on vienne m' attacher comme un bandit de grand chemin.

-que l' on me botte les fesses pour m' envoyer promener ailleurs.

- ou que l' on me laisse ici, à attendre le passage d' une âme charitable , décidée à s' occuper de mes malheurs...

 

Sur ma jambe encore saine, j' avais suivi le chargement de la diligence.

Le travail se terminait.

Des gens habiles, s' occupaient à sangler les malles sur le toit. Vérifiaient l' attelage des chevaux et le bon état des grandes roues.

Ces gens de service, disparurent à l' intérieur de l' office, pour ne plus reparaitre.

De toute évidence, la diligence allait prendre son chemin.

 

A ma grande surprise, le cocher me héla et me proposa, par signes, de m' approcher.

Constatant mon hésitation, il me fit comprendre par d' autres signes, qu' il souhaitait me voir monter dans la diligence.

Je ne savais que penser...

Ou allait-elle cette diligence ?

 

- " dépêches toi, Morbleu !"

L' homme s' impatientait, je devais me décider.

 

Je m' avançai alors vers lui, considérant ma cheville, les lieux et mon état de grande fatigue. Persuadé dans l' instant, que ma situation ne pouvait-être plus mauvaise, qu' elle ne l' était déjà.

Décidé à laisser mon destin, prendre son chemin choisi.

J' allais, pour la première fois de ma jeune vie, monter dans une diligence.

 

J' arrivai à hauteur du cocher, près de la diligence.

L' homme ne me quittait pas des yeux . Seul , son regard bleu n' avait pas disparu sous la poussière qui le recouvrait.

A chacun de ses mouvements, il déplaçait cet amas fumant gris souris, sans qu' il n' en soit jamais débarrassé.

D' un geste , il me désigna la portière ouverte.

Je le regardai encore, hésitant.

Il renouvella son invitation.

Je posai le pied sur le marche-pied.

 

J' eus soudain le souffle coupé, brusquement stoppé dans mon mouvement.

On venait de me planter, à hauteur du sternum, une canne de bois rebelle.

- " hors de question " ordonna un bourgeois qui passait la tête de la portière.

En me toisant avec dédain, il ne cessait de me repousser avec sa canne.

J' aperçu , à ses côtés , une dame horrifiée par ma vision, son mouchoir sous le nez, au bord de l' évanouissement.

Le cocher intervint:

-" Monsieur, je vous en prie ! Il a payé sa place !"

 

Par ces mots, je compris alors, que le filhaouer avait charitablement pourvu à mon voyage.

Je vis le bourgeois en redingotte, passer par toutes les nuances de l' incarnat.

Il me libéra le passage à contre-coeur, ravalant sa colère .

 

Tandis que je montais à bord de la diligence, il continuait de me maintenir à bonne distance de lui, en jouant de sa canne. Comme si de mon corps, comme une résurgence, surgirait soudain le spectre de la peste . Ainsi repoussé , je marchais sur les pieds d' un pêcheur et de ses deux filles, sur la banquette face à lui.

L' ainée des filles, me repoussa violemment. Je m' éffondrai dans les paniers jonchant le plancher.

Le cocher, excédé par tout ce désordre, m' ordonna de garder cette place, assis aux pieds de tous ces braves gens.

Dans la boue et l' humidité du fond de la diligence, je fis en sorte de me faire tout petit. De disparaitre aux yeux de tous ces voyageurs méprisants.

Mais, quand mon ventre d' affamé, lâchait ses gargouillements sonores, la plus jeune des filles du pêcheur, s' amusait aimablement de mes dérangements.

Elle m' envoya quelques petits sourires complices, qui me remplirent de joie.

Un petit bonheur, que j' avais cru ne plus jamais connaitre, depuis mon voyage sans fin.

 

9

DILLIGENCE 3 1830

 

Depuis quelques minutes, la diligence avait quitté le relais.

Je découvrais, en prenant soin de ne pas attirer l' attention sur moi, le petit monde qui m' entourait.

Un entourage de pieds, de bottes et de bottines, découpées dans le plus beau des cuirs .

Face à ces nobles pieds, je m' arrêtais aussi sur des chaussures plus modestes, qui connaissaient l' usure du temps.

Mais c' était du rang bourgeois, que me parvenaient régulièrement, d' insidieux coups de semelles.

Et si, pour mon malheur, j' osais lever les yeux sur ses propriétaires, la foudre de regards plein de haine, me terrassait sans même un seul mot.

 

L' ainée des filles du pêcheur , ajoutait à mon ridicule, en me lançant sur la tête, de petites miettes de pain qu' elle grignotait.

Et quand je les ramassais pour les engloutir, c' était là l' occasion, de rires et de moqueries à mes dépends.

Le pêcheur , rompait parfois ce silence austère, pour réfréner les excés de sa fille à mon égard.

Pour de longues minutes alors, nous n' entendions plus que les sabots des chevaux au trot, le claquement du fouet du cocher, et le roulement des roues de la diligence, qui écrasait les chemins.

 

Je finis par m' habituer aux rebonds de la diligence, chaloupée sur les ressauts des pistes, aux glissades des paniers qui m' écrasaient, aux coups de pieds maladroits.

Mon regards s' enfuyait par instants, au travers de la portière.

Sans voir les chemins de campagnes qui défilaient, intéressant beaucoup la petite fille du pêcheur, je suivais le déroulement du ciel bleu.

La pluie avait cessé enfin . Les mouettes planaient voluptueusemet au-desus de nous.

 

Je ne savais où nous allions ?

Le silence dans la diligence ne me renseignerait pas.

Mais j' étais bien , et cela depuis longtemps. Appréciant le repos et abandonné au hasard de ma destinée.

 

A nouveau, nous traversions ces montagnes qui avaient meurtri ma cheville.

Le cocher donnait de la voix. La diligence ralentissait tantôt, passait avec peine en grinçant de tout son long, dans ces chemins escarpés.

Reprenait son allure, par de bons coups de reins de l' attelage.

La Dame à l' ombrelle laissait parfois échapper quelques craintes, par de petits cris d' émotions.

L' homme à ses côtés, la rassurait, sans jamais se départir de cet air détaché et fier :

-" Louise ! Il suffit ! "

 

Le pêcheur, qui dégageait un fumet aussi puissant que le mien, semblait somnoler.

Parfois, dans le branle de la diligence, il ouvrait les yeux, regardait tristement sa pipe froide dans sa main.

Le regard du pêcheur sur sa pipe, n' avait pas échappé au bourgeois.

La monotonie du voyage , sembla inspirer à ce fier personnage, une envie de fumer à lui aussi.

Il fouilla l' intérieur de son habit, pour en sortir une bourse de cuir.

En l' ouvrant , il fit découvrir à tous, conscient qu'il était observé, une petite pipe en ivoire blanc. Mais l' objet que tous remarquèrent , médusés , était cette petite boîte d' allumettes " Lucifers ".

Le bourgeois tenait entre ses doigts, à la vue de tous , cette récente invention qui distribuait le feu , partout où vous étiez .

Beaucoup avaient entendu parlé de l' invention du chimiste anglais: John Walker. Mais dans cette diligence , nous allions découvrir la magie des " allumettes " .

 

Sitôt sa pipe d' ivoire bourrée de tabac, que le bourgeois la porta entre ses lèvres.

Vint l' instant qu' il comptait savourer , seconde par seconde, se sachant suivi dans ses moindres mouvements.

Ouvrant très lentement la petite boîte de carton, il en sortit un bâtonnet de bois, à l' extrémité bulbeuse.

Ironisant, et comme un magicien de foire, il porta l' allumette sous chacun de nos regards :

- " oh ! "...murmuraient les filles du pêcheur.

Tranquillement, pour que rien n' échappe à notre attention, il ramena le bâtonnet à hauteur de la boîte.

Et quand tous furent prêts pour ce moment de magie, le bourgeois, d' un geste sec, frotta l' allumette contre sa boîte...

 

- " ah !..."    l' assistance était conquise .

Le feu avait jailli entre les doigts du bourgeois. Comme un éclair, qui dansait à l' extrémité du bâtonnet de bois.

Du rouge, du jaune, de l' orangé, puis du bleu...

L' étincelle dévoilait ses couleurs.

 

Mais très vite, s' en suivie une fumée qui nous piquait les yeux; une odeur âpre qui nous grattait la gorge. Les jeunes filles se mirent à tousser.

Pendant un instant, toute la diligence s' en trouva aveugle et accomodée.

Il y avait manifestement, quelques inconvénients à cette magie.

 

Mais brusquement , dans des hurlements de terreur, la Dame bourgeoise jetta ses bras au ciel; puis frappait de ses mains , sa robe qui s' embrasait .

Son compagnon, dans sa surprise, laissa choir de ses lèvres , sa pipe qu' il venait d' allumer. Et , à son tour , se levait d' un coup , avec de grands gestes désordonnés , pour calmer ses brûlures . Avec son tablier de pêcheur, son voisin porta secours à la Dame , qui continuait de s' époumoner. De tout son poids, il tenta de couvrir " l' incendiée"

Je me déplaçai bien vite, pour ne pas périr écrasé sous le poids du gros monsieur. Les filles du pêcheurs se jetèrent vers moi , pour éviter les flammes qui persistaient encore dans la robe fumantes.

 

Tant et si bien, que dans l' instant qui suivi , la diligence s' en trouva déséquilibrée , et que nous ressentîmes son reversement inévitable.

Dans son inclinaison , je me sentis propulsé vers l' extérieur. La portière qui s' était ouverte, m' avait envoyé rouler dans le sable de la piste...

DILLIGENCE EN 1830-copie-1 DILLIGENCE EN 1830 DILLIGENCE EN 1830 DILLIGENCE EN 1830

Quand je levai les yeux après ma chute, je trouvais à quelques mètres de moi, la diligence couchée sur son flanc. Les chevaux arrêtés et hagards. Les roues poursuivant encore , leurs rotations dans le vide.

 

Rassemblant mes idées, j' entendai distinctement les cris de la Dame.

 

- " mais tais-toi donc Louise !" suppliait son mari à bout de patience.

 

Je me levai sans tarder. Oubliant ma cheville douloureuse. J' avançai au plus vite vers la diligence. Passai le nez par la portière. Mais le bourgeois me repoussa d' un coup, occupé à s' extraire déjà.

Il semblait intacte et s' aidait de sa canne.

Aussitôt dehors, il attrapa les mains de son épouse. En un instant , il la souleva et la reposa sur le chemin.

 

C' est alors que je pu m' inquiéter des autres passagers.

Nulle trace du cocher ?

J' avançai à nouveau ma tête dans l' habitacle. J' en sorti instantanément la plus jeune des filles , qui restait là , paralysée par la peur, mais sans blessure.

Je retournai encore dans la diligence. Je découvris , dans cette semi-obscurité, le pêcheur et sa fille, bloqués et écrasés sous le poids des malles.

J' eus toutes les peines du monde à dégager ces gens.

Le pêcheur semblait souffrir d' un bras.

Sa fille laissait échapper quelques larmes silencieuses, mais ne souffrait de rien.

 

Après des efforts acharnés, le père et sa fille étaient à l' air libre.

Le cocher nous rejoingnait bientôt. Il avait chuté dans des haliers tout proche.

En homme de métier, il s' inquiétait déjà de l' état de sa diligence.

 

Le pêcheur , assis au bord du chemin , me remercia longuement.

Quand la diligence fût à nouveau sur ses roues , grâce aux efforts de tous , le père et ses filles , m' invitèrent à séjourner chez eux .

Dans leur maison sur un port , qu' il nommaient : Morlaix .

Morlaix en 1830

Fin de la deuxième partie .


Par naillades.over-blog.com Jaunasse
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